Les réseaux & la Céramique

Les craquelures dans la céramique

 

Réseau de craquelures à la surface d’un pot à moutarde japonais, montrant l’image statique résultant d’un processus dynamique de morphogenèse, tout comme en constitue le plan des rues d’une ville. Le réseau est mis en évidence à mi-chemin de sa formation par trempage par le potier dans un bain de colorant, marquant les lignes de craquelures déjà ouvertes dans l’engobe. Le craquèlement plus fin se poursuit néanmoins, semi-transparent.

 

La géométrie du réseau coloré montre clairement l’ordre d’apparition des lignes successives : d’abord quatre lignes spiralées reliant la périphérie au centre, et divisant sensiblement la surface en quatre quartiers. Puis une bonne demi-douzaine de générations (cf le schéma coloré suivant), de plus en plus courtes et subdivisant les surfaces restantes, s’appuyant sur les lignes existantes, partant toujours de la périphérie où la contraction par refroidissement produit les tensions les plus élevées, en se propageant vers le centre et en subissant l’attraction des tensions de surface, qu’elles libèrent.

 

Principale différence néanmoins d’avec un processus de morphogenèse urbaine radioconcentrique : la progression est ici centripète, alors qu’elle est plutôt centrifuge dans la ville.

Pavage craquelé de la dalle du quartier Mériadeck à Bordeaux

 

Posées sur un soubassement défaillant (elles ne sont correctement portées qu’à leurs coins), et ayant subi des pressions renouvelées supérieures à la résistance au cisaillement du matériau dont elles sont constituées, ces dalles pré-découpées et posées selon un maillage orthogonal ont cassé selon des lignes de flexion maximale de la plaque ou du fragment résultant, au moment de la pression, jusqu’à ce que la flexion devienne négligeable. La pression n’étant pas ponctuelle ni statique (roulement de véhicules), les lignes se sont propagées parfois à l’élément de plaque suivant, traversant le quadrillage initial.

 

Ce dessin rappelle d’une certaine manière le maillage réel des rues de Kyôto (japon) : un quadrillage initial de rues et avenues (les seules qui soient nommées quand bien même leur nom ne figure guère sur des panneaux indicateurs), hérité des principes d’établissement des capitales Chinoises et Japonaises, délimite des « super-ilôts », les Chô, et masquent en réalité un second réseau interne de petites venelles, plus ou moins tortueuses, souvent en impasse (à peine décelables sur la photographie aérienne ci-dessous), qui révèlent une seconde logique de distribution spatiale, s’appuyant sur la première, mais assez différente.